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 "I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]

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MessageSujet: "I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]   Sam 7 Jan - 1:36

"I'm gonna show you where it's dark,
but have no fear" *




Cela fit un tout petit bruit, léger, presque sourd, lorsque Kaprice appuya son front contre une fenêtre de la Salle de Réunion des Siffleurs. Le verre était froid au toucher, des stries de givre couraient sur les carreaux extérieurs, formant une toile blanche, neigeuse, cristalline qui se découpait sur l’opacité néantique d’une nuit sans lune. Dehors, la bise de novembre sifflait autour des toits d’ardoise du château, griffant de ses doigts crochus les vieilles pierres frigorifiées. A l’intérieur, l’haleine tiède, un brin alcoolisée de la septième année de Serpentard, dont les lèvres effleuraient la glace translucide, tissaient un voile de bué sur cette dernière. Et sans même y penser, sur cette feuille à dessin emperlée d’humidité, l’héritière Ashfield, retraça du bout de l’ongle, en contours sveltes et élancées, les boucles élégantes du blason à la Clé de Sol de sa dynastie.

-Pride...Pourquoi m’as tu abandonné ?

Ce fut dit dans un souffle, à peine un murmure poursuivant une pensée mélancolique, et qui pourtant effaça d’un nuage de buée, les contours de la clé de Sol. Kaprice soupira, et porta à ses lèvres un verre à vin dans lequel clapotait un fond de vodka citron. La tête rejetée en arrière, son opulente chevelure brune lui ruisselant dans le dos, elle siffla sans aucun effort les dernières gorgées de la boisson, en grimaçant à peine lorsque l’amertume du breuvage lui incendia la gorge. Le socle translucide de la coupe, vibra mélodieusement, lorsque la jeune femme le reposa sur la table, parfaitement vidé, mais portant encore sur son col, l’empreinte évanescente d’un baiser de rouge à lèvre nacré. L’alcool eu au moins le mérite de redonner une seconde vigueur au coeur comprimé de la triste septième année.

Pride, son petit frère, la chair de son sang, comment avait il pu oser lui faire tant de mal ? La briser du tranchant de la lame d’un sublime dédain, pour la laisser agoniser, suppliante et rejetée, sur la pelouse détrempée de l’arène de Quidditch ? Une semaine avait passé, froide et solitaire, éprouvante et désespérée, mais la jeune femme n’avait toujours pas trouver la force de se confronter à l’enfant. Lui avec qui elle avait partagé tant de chose, lui avec qui le cordon n’avait jamais été rompu, lui qui était tant son coeur, que la moitié de son âme, elle en était venue à le craindre, à le fuir, évitant son regard, de peur de lire dans l’ombre de ses yeux tout le mepris et toute la honte qu’elle pouvait lui inspirer. Kaprice se sentait abandonnée, plus seule qu’elle ne l’avait jamais été. Pauvre âme errante qui avait perdu son ombre chérie, blessée et devenue insomniaque, elle déambulait désormais en trainant sa peine dans les couloirs, reflet fade et sans couleur, de la gloire qu’elle avait été jadis. De ses sentiments saccagé, il ne lui restait plus que l’amertume, les cendres d’un baiser qu’on lui avait refusé, étouffant sa bouche et asséchant sa bonne humeur.

Les nuits se ressemblaient toutes. Enfantées dans la douleur d’un crépuscule rougi au sang maternel, elles épuisaient leurs longueurs lancinante au rythme de cauchemar répétés, seulement percés ça et là de cris déchirant, avant de s’en aller mourir tristement dans les draps écarlates d’aubes délavées, dont les oreillers humide d’une rosée de larmes, n’annonçaient toujours qu’un énième jour sans saveur. La belle avait perdu le sommeil en même temps que sa passion. Elle restait là, branche pourrie rejetée sur une berge grise par les remous du courant, a regarder s’écouler entre ses orteils, le fleuve de sa vie, sans parvenir à en réintégrer le cours tumultueux. Et sur la scène désormais poussiéreuse de ses envies, le drame de l’hiver continuait à se jouer sans elle, alors qu’en actrice principale agonisante, elle se refusait à sortir des coulisses, pour s’en aller d’abord secouer, puis écarter les rideaux garances de son abattement, à la rencontre de son public.

Les patrouilles de nuit commandées par la nouvelle grande inquistrice de l’Ecole, offrait à l’amertume solitaire de la Sirène, un échappatoire en or. Dans sa détresse, désireuse de fuir de le monde, elle s’était portée volontaire pour les horaires les plus inhumaines, acceptant avec obsession les missions tardives, afin seulement d’être libérée du fardeau de son insomnie, et d’occuper ses pensées en parcourant inlassablement les couloirs déserts du castel, ombre parmi les ombres, fantôme sans consistance dont les petits pas réveillaient à peine les rats.

Quelque part dans Poudlard, une horloge assourdie, carillonna à douces sonneries de bronze, la mélodie des deux heures du matin. Comme au sortir d’un mauvais songe, la jeune femme s’ébroua, éloigna son front plissé de pensés de la vitre gelée, et se prépara mentalement à plonger dans les sinuosités cryptiques du labyrinthe des coursives des étages supérieurs du château. Avec la lassitude mécanique d’une automate, la Siffleuse commença par récupérer sur le dossier d’un fauteuil, son sweat à capuche noir, frappé aux couleurs de l’équipe des vivets dorés, et sur le dos duquel, s’étalait fièrement en courbes d’or, le chiffre numéro trois de son poste de poursuiveuse attitrée. Une fois le vêtement enfilé, elle resserra autour de son cou le noeud coulant d’une écharpe elle aussi aux couleurs de l’équipe des sang-purs, enfin, un peu plus protégé du froid qu’elle savait devoir affronter au grès de ses pérégrinations nocturnes, elle glissa dans la poche arrière de son jean la tige souple et gracile de sa baguette de bois de rose. Une à une les chandelles sur leurs appliques baroques s’éteignirent dans un grésillement de cire. Et lorsque enfin la salle fut parfaitement sombre, ont put voir s’effacer dans le reflet flouté de buée de la vitre la silhouette solitaire de la sirène, sur laquelle se referma en grinçant la porte du quartier général des siffleurs.

(...)

Les patrouilles de nuit se suivaient et se ressemblaient. Toujours ces même enfilades de couloirs silencieux, bordés de tableaux ensommeillés, qu’il convenait de parcourir inlassablement à la recherche d’hypothétique rebelles assez fou pour avoir voulu braver le couvre feu. Mais bien souvent ces errances nocturnes, à la dérive dans un labyrinthe sans minotaure, ni fil d’ariane, n’avait d’autre but que de tuer le temps en épuisant son corps et les heures, à voir défiler devant ses yeux fatigués, les inaltérables lignes géometriques de dalles érodées. Ici dans le château endormi, on veillait seul, avec pour unique compagnie l’écho de pensées sans cesse remachées, qui tournaient et retournaient sous les ogives recouvertes de givre, emplissant le vide, des accents incompréhensibles de leurs suppliques se perdant dans les pathétiques bruissements de la bise faisant trembler les vitraux. Si la solitude devait avoir son métier attitré, alors ce serait surement celui de gardien de nuit, cette austère fonction, enfermant son porteur dans un phare de lumière dressé sur un océan de ténèbres, avec la tâche ingrate de protéger la tranquilité de ses semblable.

Mais loin de s’offusquer de la tristesse de ses obligations, Kaprice se satisfesait très bien de cet état de solitude. Le calme du château endormi et la fraicheur de la nuit agissaient comme un baume pour ses plaies ouvertes. En ermite retirée loin de la foule, elle apprenait doucement à se reconstruire, chaque nouvelle nuit étant un pas de plus parcouru sur la longue route de sa convalescence. Ce n’était pas tant son corps, que la ténébreuse magie de Erik Ashfield avait remis sur pieds, que son âme qui souffrait. Et pour ce genre de blessure, il n’existait qu’un seul remède le temps. Un monstre avide et glouton, plus profond que l’océan, plus vaste que le ciel, dont les vagues à l’écume des jours éculés avaient la vertu de tout appaiser, de tout effacer. L’eau coulait sous les ponts, le vent soufflait autour des tours, et l’héritière perdue dans les couloirs, plus pâle qu’une fantôme endeuillée retrouvait le courage de se regarder dans une glace, d’accepter ce qu’elle était, une prédatrice blessée, dont l’armure avait trouvé sa faille : une fêlure au nom d’inceste, un gouffre résonnant au doux appel de Pride.

Il y eu un bruit, une sonorité incongrue, une vibration métallique surement produite par la chûte du heaume d’une armure décapitée qui résonna dans tout l’étage. Prise au dépourvue au détour du dédale de ses pensées, Kaprice se plaqua d’instinct contre un mur, le coeur battant. Avant même qu’elle ai pu se rendre compte de ce qu’elle faisait, sa main trouva toute seule le chemin de sa baguette, qu’elle braqua devant elle, alarmée, prenant bien garde à ne pas céder à la tentation d’executer un lumos qui aurait pu la faire repérer. La brusque décharge d’adrénaline, voila un temps sa vision, et le coeur au bord des lèvres, se maudissant pour le verre de trop qu’elle avait avalé dans la salle de réunion, la Sirène sentit le corridor onduler, se mettre à tourner et à osciller, sous l’effet des nausées de l’alcool. Blottie dans l’anfractuosité d’une statue, la Naïade, dut attendre une minute entière, à se demander si elle n’allait pas souiller ses ballerines blanche en se vomissant son repas dessus, à ce que daignent enfin se dissiper les vapeurs de l’alcool.

Son esprit d’ordinaire si alerte fonctionnait au ralenti, peinant à oublier son mal de ventre, pour effectuer le cheminement logique de son analyse. A dire vrai, la septième année de veille, avait l’impression de se mouvoir au ralenti, de bouger et de reflechir avec toute la lourdeur d’un pélican englué dans une flaque de petrôle. Quelque soit l’origine du bruit, la personne assez maladroite pour avoir fait tomber une armure en pleine nuit, n’était surement pas à sa place. Les consignes au sujet des heures de promenade dans les couloirs étaient claires, passée l’extinction des feux, tout le monde devait se trouver dans son dortoir ou sa salle commune, nul n’étant autorisé à bénéficier d’une exeption. Priant pour que l’imprudent en question ai eu tout loisir de mettre à profit pour s’enfuir, la minute entière qu’elle avait utilisé à retrouver ses esprits, l’héritière Ashfield sortit enfin de sa cachette et se dirigea péniblement en direction de l’embrachement d’où était parvenu le boucan.
Citation:
Mort à Roge le gros porc. Gloire à Arry Poter notre sauveur !


Voilà quels furent les mots aux fautes d’orthographes criantes, que Kaprice découvrit, maladroitement tagués sur un mur, à la peinture rouge. L’auteur du forfait, dont l’oeuvre était encore dégoulinante, se tenait encore sur les lieux du crime. Même de dos, à sa stature grasse et débraillée et à sa tignasse échevelée, la Sirène reconnut sans mal, Bill Sanford. Un sixième année de poufsouffle balourd, aussi gros que pas bien malin, que les serpentard aux langues fourchues, soupçonnaient d’être un peu simplet. Bête, stupide, et maladroit comme aurait pu être l’héritier spirituel d’un Hagrid ou d’un Neville Londubat, le pauvre abruti, n’en conservait pas moins un certains bon fond et une génorisité sans limite, qui attirait sur lui la sympathie de ses condisciples. En temps normal, la Siffleuse se serait amusée à le tourmenter, allant sûrement jusqu’à retourner réveiller Sally et Anfisea, pour que le trio puisse jouir du plaisir cruel de se trouver une victime attitrée pour toute une nuit de délires malsains. Mais ce soir, la belle Vipère n’avait pas la tête à jouer et encore moins à rigoler. Aussi la pianiste se contenta seulement de sortir de l’ombre en lançant un expilliarmus, pour arracher son pinceau-baguette, des mains du placide bonhomme.

Sans l’alcool, sans sa lassitude, sans son abattement, Kaprice ne serait pas tombée dans un piège aussi grossier. Plus concentrée, elle n’aurait sûrement eu aucun mal à remarquer le sourire satisfait de Bill se retournant pour la dévisager. Loin d’être terrifié comme aurait du l’être tout rebelle surpris par une siffleuse, et qui plus est par l’héritière Ashfield, le gros lard paraissait presque heureux de la voir. Comme s’il l’attendait...En pleine possession de ses facultés, la jeune femme approchant de sa proie, aurait pris garde à vérifier ses arrière, à veiller à ce que nul ennemi, ne profite de la diversion pour la prendre à revers. Mais voilà la Naïade n’était pas dans son état normal. A aucun moment elle ne vit, ni n’entendit l’ombre prédatrice qui se coulait avec douceur dans son dos, la baguette braquée. A dire vrai, la poursuiveuse ne prit conscience du danger qu'elle courait, qu’au moment ou elle s’effondra, fauchée par un traître stupéfix lancé à bout portant.

«-Quelle conne je fait...» Fut la dernière pensée de Kaprice avant le gouffre noir.

(...)

-Stan, arrête. Tu avais dit, qu’on devait simplement lui faire peur ! On ne devait pas lui faire de mal.

Lorsqu’on avait connu la douceur d’être réveillée dans des draps de satin, par les accents chantant et harmonieux des voix de Sally ou d’Anfisea, reprendre conscience au son des syllabes pâteuses et geignardes d’un Bill Sanford apeuré, avait de quoi vous donner envie de replonger dans le coma. Surtout si l’on rajoutait au désespoir de la situation que votre lèvre inférieure avait été fendue par une vigoureuse claque, et que votre joue droite était toute ankylosée par un hématome violacé et disgracieux, sûrement conséquence du même coup. Mais là encore, la douleur aurait pu être supportable, si elle ne s’accompagnait pas de la honte, d’être ligotée debout contre un mur, impuissante, désarmée et les bras en croix, par un sortilège d’entrave visiblement executé avec un sadisme consommé.

De l’heure qu’il était, Kaprice n’en avait aucune idée. Tout au plus si elle pouvait deviner que l’on était encore la nuit. La première chose qu’elle reconnut en tournant la tête avec difficulté, fut les silhouettes de ses deux agresseurs, en train de se disputer à mi-voix. Bill Sanford, le Poufsouffle de sixième année, paraissait se liquéfier littéralement sur place, complètement écrasé par la colère de son complice, un élève que la Siffleuse ne connaissait que trop bien. Stan Hobb, l’ombrageux gryffondor de septième année, dont le pauvre petit frère Calvin, en troisième année, avait bien souvent fait les frais des divertissements malsain du trio. Désespérée par ce destin qui s’amusait à depuis quelque temps à la placer dans des situations sans cesse plus dramatiques, la Sirène voulut tenter de feindre l’inconscience pour éviter d’attirer sur elle l’attention des garçon. Mais c’était trop tard, et le chef du duo, abandonnant soudainement sa querelle, se tourna vers elle, le regard enflammé par une terrible colère.

Stan Hobb était l’antithèse même de Bill. Là où le second était pataud, gras et complètement débile. Le premier était brillant, dangereux, félin. Un membre reconnu de l’Armée de Dumbledore qui n’hésitait pas à afficher franchement sur son bras musculeux, le tatouage stylisé d’une gueule de lion écarlate, vomissant un éclair. Le symbole honni de la cicatrice d’Harry Potter, le même signe qui avait jadis redonné à espoir à toute une génération de sorciers. Sa carure épaisse et sportive ondulant funestement dans l’ombre, le septième année de Gryffondor en débardeur malgré le froid, fit quelques pas en direction de sa prisonnière ligotée.

-Kaprice...Tu me reconnais ? Stan, le grand frère de Calvin, le pauvre souffre douleur, de votre trio de salopes ?

Trop engourdie pour parler, Kaprice ne put qu’hocher la tête en retenant un haut le cœur. Faisant rouler ses muscles, le rebelle adressa une gifle lancinante à la jeune femme, qui envoya dinguer sa tête contre un mur.

-Alors ma petite aristocrate de mes deux ? Ca fait quoi de se retrouver dans la peau de la victime impuissante ?

Visiblement terrifié, le pauvre poufsouffle essaya d’intervenir pour calmer la situation.

-Stan, Stan...Je t’en supplie arrête. Ca y est, ça y est, j’en suis sur, elle a compris. Elle a très peur. Elle ne recommencera plus à embêter ton petit frère...

-Ta gueule trouillard. Ferme là, où je t’attache avec elle.

D’une poigne ferme, le gryffondor attrapa le menton de la jeune femme, pour la forcer à le regarder dans les yeux.

-Tu va tellement dérouiller petite conne, qu’à l’avenir tu n’oseras même plus te promener toute seule une fois les premières lumières éteintes.

Le poing refermé de Stan, trancha l’air, et frappa la jeune femme au ventre avec toute la puissance d’une masse de fonte. Sous l’effet de la douleur, Kaprice eu un hoquet sanglant, qui vint tacher de rouge le débardeur blanc de son tortionnaire. Loin de s’en soucier, le bourreau réarma un second coup, qui tordit de douleur la jeune femme. Une colère ardente, insatiable, presque démente brillait dans ses yeux lorsqu’il postillonna au visage de l’héritière Ashfield.

-Mon frère, mon petit frère...Il ne vous avait rien fait, et vous l’avait blessé, rabaissé, traité pire qu’un esclave, pas mieux qu’un objet...

Kaprice voulut ouvrir la bouche pour crier et appeler à l’aide. Mais le gryffondor lui écrasa violemment la main sur la bouche, manquant de l'étouffer.

-Qu’est ce qui a Kaprice ? T’es pas bien là ? Tu veux me fuir ? Pourtant on ne va faire que jouer...On va jouer comme avec mon petit frère...Tu va voir ; on va bien se marrer tout les deux.



[* Kavinsky Nightcall]




Dernière édition par Kaprice Ashfield le Sam 21 Jan - 1:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]   Sam 7 Jan - 16:43

Errer la nuit dans les couloirs de Poudlard possédait une certaine dose de plaisir. Dans les ténèbres grandissant de l’école millénaire, le silence se faisait roi. Aucune âme ne pouvait alors se douter qu’à cette heure-ci, dans la faible lumière d’une bougie consommée, la Bibliothèque conspirait avec son dernier résident, lui offrant les noirs secrets des livres dissimulés. Athenaïs Lestrange n’agissait jamais comme le commun des mortels, sa délicate présence dans l’antre du savoir en étant une preuve. Penchée sur un ancien grimoire, elle semblait coupée de l’espace-temps, ne vivant plus que pour le savoir qu’elle pouvait ôter et assimiler. Se passant légèrement la langue sur ses lèvres, elle soupira. Encore une fois, elle n’avait pas vu le temps passer. Tellement qu’elle se déshydratait. Tendant la main, elle fouilla quelques secondes dans son sac pour récupérer sa montre. Quatre heures du matin, déjà ? Elle grimaça quelque peu. Cette nuit blanche se ressentirait le lendemain en cours. Puis elle haussa les épaules. Après tout, elle s’en moquait bien. Ce n’était pas comme si cela lui était nécessaire. Posséder un immense savoir pouvait parfois ressembler à un fardeau, mais c’était également une grande aide. Avec la permission du directeur, elle pouvait éviter les cours qui lui semblaient inintéressant ou ne pas y aller quand elle n’en ressentait pas l’envie. Elle sourit, à la tête que Rogue avait eue quand elle le lui avait demandé. Mais après quelques tests qui démontrait ses dires, il avait finalement accepté, bien qu’à contrecœur. Il ne paraissait pas apprécier le fait qu’une élève lui dise quoi faire, surtout une fille. Elle avait dû se retenir de lui envoyer un sort de son cru quand elle l’avait entendu la comparer à Hermione Granger. Beurk. Rien qu’à l’idée, elle avait envie de vomir. Elle secoua la tête pour sortir de ses idées noires et d’un geste des plus délicats referma l’antique grimoire, avant de se lever pour aller le remettre à sa place. Revenue à sa table, elle rangea tranquillement ses affaires et enfila son gilet gris par-dessus sa chemise bleue irisée. Si il y avait bien une unique chose qu’elle pouvait reconnaître aux moldus –et elle ne l’avouerait jamais à quiconque– c’était bien leur talent pour les vêtements, qu’ils sont confortables, quotidiens, habillés. Parce que les robes sorcières, très peu pour elle. C’était moche et ça grattait.

Souriant à ses pensées futiles, elle sortit de sa pièce favorite de Poudlard pour marcher dans les couloirs de l’école, sans but précis. Elle n’avait pas envie de retourner à son dortoir, ni de se coucher. La fatigue était loin de se faire ressentir, alors elle errait simplement telle une ombre mystérieuse. Ce ne fut qu’avec un certain temps de décalage qu’elle remarqua la porte menant à la Salle des Siffleurs. Pourquoi pas ? Peut-être rencontrerait-elle une âme solitaire, cela n’étant jamais étonnant venant de la part de ces êtres vipérins. L’autre nuit, elle avait fait la connaissance de la fameuse de poupée de Serpentard. Anfisea Black. Même elle qui pouvait cerner chaque être l’entourant ne pouvait réellement mettre de mots sur le Trio Infernal comme on appelait ces trois gracieuses. On les craignait, on les respectait, on les aimait, on les haïssait, mais on ne pouvait oublier leur insatiable soif de sang et de cruauté. Des créatures envoutantes des ténèbres. Athenaïs prenait un intense plaisir chaque jour à les observer, à tenter de les comprendre. Et puis parfois, elle abandonnait et les reléguait simplement au second plan. Elle n’était pas comme tous ces moutons anglais, à suivre et à parler que d’une seule et unique chose pendant des temps infinis. Elle avait sa propre vie à forger. D’un regard, elle constata bien vite que la pièce avait eu un occupant il y a peu. Le verre de vin pas tout à fait vide, la marque des lèvres encore fraiche. D’un geste, elle tourna le cahier des Siffleurs pour chercher qui pouvait bien être de garde cette nuit-là. Kaprice Ashfield. Athenaïs plissa son nez mutin. La Ashfield était un être qui l’emplissait de questions, tant elle ne pouvait jamais la déterminer. Mais enfin, elle n’était plus là et rien ne semblait accaparer l’attention de la brune. Elle se détourna donc de la salle pour reprendre son chemin qu’elle traçait à chacun de ses pas.

Sa décision était prise, la Tour d’Astronomie l’accueillerait pour le reste de la nuit. Fraiche, elle pourrait garder son esprit éveillé et la vivifier à chaque courant d’air glacé. Elle ne prit pas le chemin le plus court, elle en avait bien conscience. Mais elle aimait marcher. Ça avait toujours été en bougeant qu’elle avait eu ses meilleures idées. Comme celle d’utiliser le sang pour renforcer le sombre pouvoir des runes. Pas n’importe lesquelles bien évidemment, les elfiques. Les celtes demandant craie ou cendres de bois. Elle en était à ses réflexions lorsque du coin de l’œil, elle aperçut un objet qui n’aurait pas dû se trouver ainsi dans un couloir. Encore moins abandonné. Une baguette. La jeune Lestrange la ramassa et l’observa longuement. Elle ne savait pas à qui elle appartenait, ne connaissant pas assez bien les élèves pour cela, mais elle pouvait le déduire assez facilement. Kaprice. Elle était la seule qui se promenait dans les couloirs à cette heure-là, en raison de sa patrouille. Bien évidemment, il pouvait s’agir d’une autre élève qui comme Athenaïs errait en quête du sommeil ou de tout autre chose, mais c’était son instinct qui la poussait à cette constatation et elle avait appris depuis bien longtemps à l’écouter. C’est pourquoi elle sortit sa propre baguette et silencieusement, se mit à fouiller les environs.

Ouvrant porte après porte, elle ne perdit pas patience et continua. Jusqu’à ce qu’elle perçoive des voix un peu plus loin dans le couloir. Elle s’y dirigea, retenant presque sa respiration afin de ne pas faire de bruit. Par chance pour elle, la porte était ouverte. Ceux qui y étaient en devaient pas penser que des élèves pouvaient les surprendre à cette heure. Athenaïs se pencha légèrement, cachée par le noir qui l’entourait. La pièce, elle, était éclairée. C’était une des salles désaffectées, que personne n’utilisait, sauf les étudiants de Poudlard lorsqu’ils voulaient se cacher pour une raison ou une autre. La Serdaigle aperçut deux jeunes hommes qu’elle avait juste croisé dans les couloirs, mais ce fut la silhouette sur la chaise qui l’intéressa. Ashfield. Elle avait eu raison, c’était bien sa baguette qu’elle tenait. Et tout ne semblait pas rose pour la vipère, puisque la plus grand de ses deux tortionnaires était en train de lui déchirer lentement la peau avec ce qui semblait être un Diffindo. Но то, что темная минусы. Jurer en Russe lui avait toujours fait un bien fou. La langue aux tonalités rugueuses était des plus adaptées à ses rares accès de colère. Ces deux sombres crétins n’avaient-ils conscience de rien pour s’en prendre aussi librement à une Siffleuse ? Elle avait beau être nouvelle, elle n’appréciait que moyennement qu’on s’en prenne ainsi aux Pures et Puissants. Elle allait leur montrer ce qu’était réellement la magie. D’une main habile, elle saisit la craie qui reposait continuellement et traça deux runes celtes. La lumière de la pièce s’éteignit lentement, alors qu’un brouillard se précisait délicatement, les enveloppant de son manteau glacé. Qu’est-ce qui se passe là ? Qu’est-ce tu fous Stanford ? Mais il ne reçut aucune réponse, puisque profitant de la situation, Athenaïs les avait tous deux envoyés valser contre le mut. Apparaissant dans la pièce, alors que le brouillard se dissipait et que la lumière revenait, elle pointa la baguette de Kaprice sur les deux abrutis et se dirigea vers la jeune femme toujours attachée. Pas pour bien longtemps, puisqu’elle dénoua aussitôt ses liens d’une torsion du poignet. Vous mériteriez, идиоты, que je réveille la Grande Inquisitrice pour qu’elle vous saigne comme des porcs. Mais comme il se fait tard… Je vais laisser votre prisonnière décider de votre sort. Elle rendit sa baguette à Kaprice, vérifiant du coin de l’œil qu’elle était tout de même en bon état. Elle lança tout de même un Vulnera Samento au cas où, puis se pencha doucement vers elle. Ils sont tout à toi Ashfield. Et elle alla se poser contre le mur du fond, attendant simplement sa décison.
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MessageSujet: Re: "I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]   Sam 21 Jan - 2:02

Le goût du sang dans la bouche, cette saveur tiédasse, poisseuse aux subtiles notes poivrées et épicées, Kaprice le savourait jusqu’à la nausée. Il obnubilait, l’obsédait, à tel point que même au travers du déluge de coups de poings et de pieds cinglant son corps ligoté dos au mur, la sirène ne parvenait pas à penser à autre chose, qu’à cette vie, sa propre vie, qui se rependait en ruisselets pourpres sur sa langue, s’épanchant en douloureux torrents et affluents dans sa gorge et son palais. L’héritière Ashfield avait le ventre couvert d'hématomes violacés, la lèvre supérieure fendue et la joue brûlante. De tout son être, elle aspirait à ce qu’une claque plus forte qu’une autre, la plonge dans l’inconscience, pour afin qu’elle puisse échapper à son supplice. Mais son bourreau, tout noble qu’il avait pu être, n’en maniait pas moins la violence avec une habilité experte, fracassant et broyant, sans jamais se départir d’un soupçon de retenue sadique, cette même petite touche, cerise gluante sur un gâteau d’agonie, qui n’en finissait plus d’étirer les minutes et de démultiplier la correction, dans une vertigineux calvaire, semblant ne jamais devoir connaître de fin.

Au plus fort de sa rugissante colère, ses yeux sombres, dilatés comme les pupilles d’un fauve ivre de bestialité, qui n’en finit plus de déchiqueter la carcasse déjà inerte de sa proie, le Lion de Gryffondor, était terrifiant. A aucun moment il ne sembla prendre conscience du caractère abjecte de sa tonitruante vengeance, le rabaissant dans son honneur, jusqu’au même stade de cruauté gratuite et de sadisme assumé, que la vipère qu’il souhaitait corriger. L’obscurité glauque et blafarde, de la nuit Écossaise suintant des pierres du vieux chateaux, lui collait à la peau, coulant du plafond, pour mieux venir imprimer sur son visage halluciné un masque de pure animalité, et son faciès ricanant ainsi dissimulé, ne laissait plus à sa victime que l’opportunité de sentir peser sur elle tout le poid de ce regard de bête traqué et acculée, ce sanguinaire eclat propre à tout les prédateurs sous l’emprise de la folie. Derrière lui, recroquevillé dans un recoin de la salle et cherchant à se faire oublier, le pauvre Poufsouffle impuissant, se cachait les yeux dans ses mains, visiblement torturé par toute la honte, la détresse et la terreur, que lui inspiraient les actes de son complice. Mais c’était trop tard, et même un esprit aussi simplet que celui du jaune et noir, avait pu comprendre d’instinct, qu’une fois les premières digues de la colère rompues, il n’existait nul échappatoire, nul barrage assez fort pour stopper pareille crue. La violence, toujours cette même violence, inondait le sol, assaillait Kaprice, sans nul autre espoir que celui de la voir se tarir d’elle même, épuisée à trop tirer sur les courants qui l’avaient justifié.

Il y eu une pause, une bouffée d’air pur et de silence, qui laissa à la jeune femme pantelante le temps de reprendre son souffle. Ouvrant des yeux injectés de sang, la belle, inspira en crachotant des caillots de sang. Le calme dans la salle de classe était irréel, le monde pris dans le ressac de cette vague de colère, paraissait s’être apaisé. Avec toute l’accuité irréelle que pouvait donner la douleur innondant et stimulant le système nerveux d’une blessée, plus sûrement que la plus ardente des drogues, l’Héritière Ashfield, eu l’impression de voir les secondes s’égrenner au ralentis. Chaque détail, chaque précision de la scène de son propre calvaire lui apparut avec une précision terrifiante. En papillonnant des paupières, elle put suivre pas à pas le lent trajet, étiré et translucide, d’une gouttelettes de sueur fiévreuse glissant sur le visage de Stan, épousant le contour de ses joues essoufflées, caressant l’arrête de son profil rapace, pour finalement s’écraser sur le sol. Avec un ploc salé, qui quoique indiscernable en l’espèce, parut résonner dans les oreilles de la Sirène blessée avec le même fracas qu’une chûte d’eau.

Le monde avait perdu de son unité, pour ne se résumer plus qu’à une succession de bruits, d’impressions, diffuses, déconnectées, qui tourbillonnaient dans l’esprit de Kaprice. Le doux ululement du vent, les délicats craquements du givre fondant sur les vitres couvertes de buée, le concerto dis-harmonieux de trois respirations hachées, essoufflées emballées se mêlant et s’entremêlant sans jamais parvenir à épouser le même rythme. Avec lenteur, suivie par toute la cohorte de ces détails obsédant, la Naïade se sentit basculer dans le gouffre d’un doux inconscient. Comme la semaine précédente sur la pelouse détrempée de l’arène de Quidditch, elle s’envolait se détachait doucement de son corps, presque à même de s’envoler loin du pugilat en battant de ses petites ailes éthérées, pour abandonner derrière elle cette souffrance méritée. Puisse les dieux lui accorder encore quelques secondes de répit, un peu plus de calme et elle ne serait plus. Plongée dans l’obscurité, livrée toute entière sans résistance au sadisme de son bourreau, elle pourrait errer dans les cavernes de son évanouissement, jusqu’à une nouvelle aube, sûrement sanguine, mais à n’en point douter, moins abrasive.

Mais Kaprice crut elle vraiment que son bourreau allait la laisser tranquille le temps pour elle de s’apaiser assez pour retrouver le doux chemin de l’inconscience ? Avec la même soudaineté que le calme était revenu dans la pièce, le lion de gryffondor bondit sur sa proie. Une main hargneuse, s’ecrasa sans aucun ménagement sur la bouche déjà blessée de la jeune femme, pour l’empêcher de hurler ou de se débattre. De son bras encore libre, Stan, fit courir la pointe de sa baguette sur le corps de la Sirène avec un sadisme concupiscent. La petite tige de bois, glissa sur les vêtements, s’amusant à redessiner presque tendrement, les courbes voluptueuse de la poitrine de la pianiste, avant de doucement venir effleurer la gorge tendue et palpitante de l’Héritière prisonnière. Comprenant trop tard ce qui l’attendait, la vipère soudain paniquée, tenta de se débattre, mais ses pathétiques tentatives d’évasion ne firent qu’ajouter des marques violacées sur ses poignets, là où les cordes magiques enserraient sa peau délicate.

-Tu aime ça, les coupures Kaprice ? On raconte que ta petite copine Anfisea prend son pied en se mutilant. On va voir si ça te fait le même effet...

Impuissante, l’étudiante ne put que refermer convulsivement le double arc émaillé de sa mâchoire sur la main l’étouffant. Mais elle eu beau planter ses dents dans la paume plaquée et gémir de tout son soûl, cela ne fit qu’augmenter les ricanements de son tortionnaire. Un premier sortilège de découpe, déchira son pull en diagonale, au niveau de la poitrine. Habillement lancé, le maléfice n’infligea qu’une blessure superficielle à la jeune femme. Néanmoins l’absence temporaire de douleur n’empêcha pas Kaprice de sursauter et de recommencer à se tordre et à se débattre pour échapper au lent parcours de la baguette griffant sa peau nue. Pour l’immobiliser, le massif Gryffondor se pressa plus fortement contre sa proie, se servant du poids de sa carrure musculeuse pour la plaquer durement au mur glacé. La Sirène étouffait, ses yeux hagard roulant dans ses orbites avec toute la détresse d’une biche prise au piège dans le filet de son chasseur. Mais le lion était sur elle, plus grand, plus fort, et surtout bien plus en colère.

Enfouissant son visage rageur dans le cou de la jeune femme, enivré par les senteurs féminines de la chevelure libérée de la belle lui chatouillant le visage, il exécuta un second tranchant au jugé. Cette fois ci, la souffrance fut bien présente et la lame immatérielle creusa une profonde balafre, rapidement inondée de sang, dans les chairs délicieuse du ventre de la Vipère. Sous la morsure magique, l’Héritière eu le réflexe de se cambrer violemment. Mais son adversaire, la renvoya bien vite contre la muraille d’un simple coup d’épaule. Les yeux fermés, ses lèvres glissant sur la nuque gracile et arquée de frayeur, il frappait au hasard, poignardant à l’aveugle, sans même prendre le temps de contempler son œuvre. Les entailles écarlates se multipliaient sur l’épiderme écarlates, traçant un furieux dédale de souffrance tourmentée sur le corps martyrisé. Des larmes impuissantes ruisselant sur ses joues, Kaprice pleurait de douleur, d’impuissance, prisonnière d’une spirale de violence ne semblant devoir ne jamais connaître de fin. Et contre elle, la broyant de la masse de sa rage, le lion de Gryffondor s’excitait, accentuant toujours plus les coups de sa vengeance, à mesure qu’il sentait gesticuler sous sa poigne la crainte de sa victime.

-Pour mon frère, pour mon pauvre petit frère que vous avez détruit...

Une nouvelle déchirure arracha un gémissement à Kaprice. Le garçon gronda.

-Tiens, tiens...Encore...Partout sur ton corps...J’ai, j’ai, j’ai...Un message à transmettre à Sally et Anfisea...Tu ne l’oublieras pas, hein ? Je te l’ai gravé dans la peau.

(...)

Comme dans un rêve n’est ce pas ? Kaprice ouvrit les yeux. Le poids sur elle avait disparu. Une brume argentée, aux spirales fantomatiques, tourbillonnaient maintenant dans la pièce, glissant sur les murs, recouvrant les petites tables scolaires et noyant tout sous le soyeux voile d’une douceur humide. Dans ce brouillard surréel des ombres s’agitaient, comme des spectres passés, trop loin, trop difforme pour atteindre la jeune femme qui ne souciait pas d’eux. Quelques gouttelettes de bruine à la fraîcheur salvatrice, dégoulinèrent sur son front mouillé de sueur, rassurant les palpitations de son cœur paniqué et apaisant la fièvre de son âme traumatisée. Il y eu du bruit, des cris, des coups. Un corps projeté dans l’air cotonneux l’effleura tel un soupir blafard, puis termina sa course en percutant un mur avec un choc sourd, au bruit mat étouffé par les volutes.

Dans son délire, la jeune femme crut voir brièvement flotter devant elle le masque blafard et mutique d’Erik Ashfield. Elle voulut parler, appeler à elle, ce visage à l’haleine de cendre qui l’avait déjà sauvé d’un gouffre de douleur sans fin. Mais les mots sanglant, désordonnés, qu’elle avait à prononcer, restèrent collé à sa langue, poisseux, écarlates, et finalement sans grande importance. Un seul gémissement pourpre réussit à franchir la barrière de ses dents. Il ruissela sur son menton, un filet de vie, de souffrance et de salive, qui n’eu aucun effet sur l’étrange mirage vénitien, qui toujours silencieux se recula doucement dans la brume, et finalement disparut complètement. A sa place de cette ombre inquiétante et rassurante, se tenait maintenant la silhouette gracile et féerique d’une mystérieuse inconnue. Avec difficulté, Kaprice leva les yeux vers son étrange sauveuse, un rictus plus qu’un sourire venant déchirer sa figure humiliée. Le regard froid et perçant de l’héritière Lestrange la transperça, sans qu’elle ne parvienne à mettre un nom sur cette subtile élégance vaporeuse...Ce n’était pas une Siffleuse, et malheureusement ni Sally ou Anfisea. Mais qui était elle alors ?

Toussant un peu de sang sur son col en lambeau, la jeune femme chercha à mettre un nom sur ce beau visage. Mais tout à sa douleur et au choc de l’agression passée, son esprit d’ordinaire si alerte, peinait à réfléchir dans la marée brumeuse clapotant doucement autour d’elle. Les flots translucides et floutés, montaient et redescendaient paisiblement au rythme de sa propre respiration hachée. L’inconnue tendit un bras au bout duquel brillait la pointe d’une baguette que Kaprice ne reconnut que trop bien pour être la sienne. En silence et avec soulagement, les liens qui la maintenait jusque là, plaquée au mur les bras en croix se dissipèrent et la sirène soudainement libérée s’effondra à quatre pattes aux pieds de sa mutique sauveuse. Avec détachement, elle sentit la chaleur d’un Vulnéra Samento efficacement exécuté, commençait à se répandre dans ses veines et sur son corps, pour colmater les entailles tracées quelques minutes plus tôt par la fureur du Gryffondor. A petit pas, de cette démarche toujours souple et élégante, la mystérieuse étudiante, se recula à nouveau dans la brume, pour aller s’appuyer nonchalamment contre un mur, a distance respectable de la Siffleuse qui sous l’effet de l'énergie dispensée par les soins magiques, reprenait enfin ses esprits.

On lui causa. Kaprice acquiesça en silence, sans prêter grande attention au sens des paroles énoncées. Enfin, prenant douloureusement appui contre un mur, la Siffleuse entreprit de se relever avec peine. Elle dut s’y reprendre à deux fois, ses jambes encore flageolantes menaçant à chaque fois de se rompre sous le poids de la fatigue. Mais à son grand soulagement elle réussit à tenir debout. Avec amertume, la Siffleuse ne put s’empêcher de se dire, qu’elle ne devait pas présenter un spectacle très engageant au yeux de sa sauveuse. Son sweat et de son écharpe en lambeaux, le corps et le visage couvert d'ecchymoses, du sang, toujours du sang coulant de ses lèvres fendues et de ses divers entailles superficielle, aucun doute n’était possible quand à deviner qu’elle s’était faite complètement massacrée. L’honneur de l’invincible héritière Ashfield, membre crainte et respectée du trio, venait d’en prendre un sacré coup.

Tout à sa faiblesse, la jeune femme ne désirait qu’une seule chose, fuir très loin de cette salle maudite et du corps de ses agresseurs immobilisés, pour aller s’enfouir sous ses draps, et ne plus bouger jusqu’à l’aube. Mais la froideur inquiétante de sa sauveuse, paraissait tellement pleine de morgue et de dédain, que la Sirène dans un sursaut d’orgueil se crut obligée de rester sur place, pour tenter de donner l’illusion d’une superbe force, qu’en ces heures traumatisantes, elle ne targuait plus vraiment de posséder. Sa baguette en main, les bras resserrés sur son soutien gorge pour se protéger du froid, elle tourna lentement sur elle même, à la recherche d’inspiration, d’un détail ou d’une arme sur laquelle fixer sa concentration dans l’espoir de trouver de quoi impressionner sa sauveuse. Dans la salle de classe, l’etrange brume invoquée par la mystérieuse magie de l’inconnue, achevait de dissiper, les volutes humides, retombant délicatement au sol, pour se fondre dans les pierres érodées du château. Ainsi silencieux, sans coup, ni insulte, le décor paraissait beaucoup plus serein. Une poignée de vieux tableaux et gravures au mur, des pupitres scolaires sagement alignés, un bureau professoral couvert de poussière et une cheminée éteinte. De jour, cette pièce devait paraître terriblement banal ; à croire qu’au matin le souvenir de l’agression se dissiperait comme un cauchemar rendue aux volutes inconscientes qui l’avaient vu naître.

La baguette bien en main, et tournant le dos à l’héritière Lestrange Kaprice s’approcha de la cheminée. Quelques bûches soigneusement empilées dans l’âtre par des elfes de maison consciencieux, n’attendaient plus qu’une étincelle pour s’enflammer. Deux incendio informulés suffirent, et avec un grondement sourd, le feu aspiré par l’appel d’air du conduit de pierre, se mit à crépiter, projetant sur le mur les ombres dansantes et déformées de la Siffleuse et de la Serdaigle. Les mains tendues vers la réconfortante chaleur du brasier, la Sirène daigna enfin prendre la parole, sa voix enrouée résonnant étrangement dans la pièce vide.

-J’ai un peu de mal à me rappeler qui tu es, ni même à deviner comment tu es venue à connaître mon nom...Mais sache que si tout cette mascarade, n’est pas un cauchemar dont je vais me réveiller demain, insouciante et bien portante ; sans tout ces...stigmates. Je n’oublierais pas ce que tu as fait pour moi. J’ai, ou plutôt toute ma famille avons une dette envers toi.

Son dos nu toujours tourné et barré par la sangle de son soutien gorge, Kaprice s’agenouilla à côté de la cheminée. Elle n’eu aucun mal à trouver deux tissoniers - de grandes barres métalliques - visiblement laissés à proximité de l’atre, pour pouvoir attiser le feu et briser les bûches. Pris dans le contre jour du brasier crépitant, sa chevelure laissée libre voletant délicatement derrière elle, la pianiste paraissait brûler et rayonner de l’intérieur. Sans aucune hésitation, elle planta les pointes des deux tiges métalliques au plus fort de la fournaise et se redressa en soupirant ; pressée d’en finir avec toutes ces epreuves.

-Ta magie ; cet espèce de brouillard que tu as invoqué. Je n’avais rien vu de tel auparavant. C’est...impressionnant.

Glissant sa baguette dans l’anse de sa ceinture, Kaprice se pencha pour ressortir les deux tisonnier, dont les pointes maintenant chauffées au rouge, brillaient dans l’obscurité d’un eclat sauvage et incandescent. En prenant un dans chaque main, elle s’approcha de l’héritière Lestrange.

-Mais une certaine Valériane, rencontrée un jour, m’a appris que dans la vengeance nulle magie, ne saurait remplacer une douleur pure et dure, appliquée par une main humaine.

En prenant garde à ne pas se brûler la pianiste tendit l’un des tisonnier ardent à sa sauveuse.

- Et il faut bien plus de courage pour se montrer impitoyable, lorsqu'on ne se dissimule pas derrière la distance salvatrice d’une baguette ou d’une puissante magie...

Puis sans plus attendre, et sans se soucier que l’aiglonne prenne ou non le tisonnier, Kaprice son arme bien en main se dirigea vers les corps de ses agresseurs.

-J’imagine que c’est à cela que l’on reconnaît la véritable noblesse. Lorsque le bourreau n’hésite pas à mettre la main à la patte, pour assouvir sa juste colère...
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MessageSujet: Re: "I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]   Lun 5 Mar - 17:49

Sagement appuyée contre la pierre froide du mur nord de la salle de classe, Athenaïs se faisait observatrice silencieuse. Les deux abrutis qui s’en étaient pris à la Siffleuse étaient désormais à terre et ne semblaient plus vouloir bouger. Son regard se porta donc naturellement vers Kaprice Ashfield qui venait probablement passer les pires heures de sa vie au vu de son état physique. La Serdaigle se demanda alors si le Vulnera Samento avait été suffisant. Elle secoua la tête, bien évidemment que non. La Serpentard avait son sweet déchiré, son soutien-gorge à vue, du sang dégoulinant le long de sa poitrine, pour finir en fins ruisseaux qui décoraient ses jambes. Mais Athenaïs ne réagit pas, elle préférait voir comment Kaprice allait, elle, agir. S’enfuirait-elle ? Cela serait compréhensible après autant d’heures passées à souffrir, mais la Lestraneg avait conscience de lui avoir lancé une sorte de défi. Se venger. Elle lui avait signifié qu’elle voulait voir comment elle allait se venger des deux sombres crétins et son orgueil l’obligeait alors à rester sur place et à faire justice. Cela pourrait être amusant.

Un sourire narquois vint relever ses lèvres, alors qu’elle songeait au fait qu’en s’en prenant à une Siffleuse, à une membre du Trio Infernal, à une des plus cruelles Serpentards, les imbéciles avaient signé leur arrêt de mort. Kaprice ne s’arrêterait pas avant d’avoir estimé réparation et cela pouvait aller loin, très loin. Dans ces cas-là, où de faibles idiots pensaient avoir le dessus sur leurs maîtres, même Athenaïs pouvait devenir un monstre de cruauté et de sadisme, alors qu’en général elle se contentait d’observer. Le feu ronflant qui s’éleva à sa droite la sortit de sa torpeur passive et elle observa la silhouette ainsi éclairée de celle qu’elle venait de sauver. Elle était vraiment en mauvais état et la Serdaigle ne peut s’empêcher de grimacer. La voix de Kaprice s’éleva et Athenaïs concentra sur son attention sur ce qu’elle disait. Elle semblait réellement peiner. … Une dette envers elle ? Intéressant. Elle sourit, cela était toujours utile. Surtout avec une famille telle que celle des Ashfield. Mais Kaprice n’avait pas terminé d’exprimer ce qu’elle pensait et qu’elle voulait dire. Lorsqu’elle arriva à sa magie, à ses runes dont elle ne connaissait pas l’existence, qu’elle la complimenta, la brune sentit une bouffée de fierté l’emplir. Elle était toujours très honorée de maîtriser une telle magie, qu’on la complimente dessus était pratiquement une consécration.

Suivant les mouvements de l’héritière Ashfield, elle la vit saisir les tisonniers et s’interrogea sur leur utilité. C’est pourquoi elle continua à l’écouter attentivement, un seul mot n’étant toujours pas sorti de ses lèvres. Elle fonctionnait ainsi, écoutant, analysant, avant d’exprimer son avis, de dire ce qu’elle pensait. Douleur pure et dure ? Un sourire éclatant orna les lèvres d’Athenaïs, alors qu’elle comprenait enfin où Kaprice voulait la mener. Mais elle se tut, encore, car les explications n’étaient pas terminées. Une fois le silence revenu, Athenaïs acquiesça. Elle comprenait ce que lui disait la Siffleuse et l’approuvait. Et puis, elle s’ennuyait, il lui fallait bien un peu de distraction. Se saisissant du deuxième tisonnier, faisant extrêmement attention à ne pas se brûler, la Serdaigle suivit la Siffleuse et observa les deux loques à terre. Se penchant gracieusement vers le plus débile, celui qui faisait peine à voir, celui qui la débectait à sa simple vue, un Poufsouffle reconnaissable à l’uniforme, elle lui sourit. Gentiment, presque de manière maternelle. Il lui fit également un sourire, des larmes plein les yeux. Pensait-il qu’elle venait le sauver ? Elle rit brièvement, vraiment, vraiment amusée. Calant au mieux le tisonnier dans sa main, elle approcha la pique brûlante du corps de ce garçon bien trop naïf à son goût. Et le hurlement qui retentit alors que le métal brûlant saignait sa peau la fit éclater de rire. Un rire cristallin, amusé, enjoué. Elle tourna son regard vers le plus vieux, le plus solide, le plus courageux. Il lui rappelait un félin, tout de muscles et de grâce. Elle se lécha les lèvres inconsciemment et tourna son regard vers Kaprice qui se trouvait au-dessus d’elle, Athenaïs s’étant accroupie pour s’occuper de l’imbécile. Elles allaient s’amuser. Mais elle veillerait du coin de l’œil à ce que l’état de la jeune femme ne se dégrade pas.


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"I'm gonna show you where it's dark, but have no fear" [Athenaïs]

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